Témoignage de hashbang
Publié le 4 juin 2026
Rencontre avec Agnès Haasser, développeuse et cogérante de la coopérative Hashbang.
Est-ce que vous pouvez présenter la structure ?
Hashbang est une entreprise d’ingénierie informatique de Lyon qui existe depuis 2013, sous statut SCOP depuis 2017. Elle fait du développement, principalement sous Django et Python, principalement pour l’économie sociale et solidaire et l’Etat. Elle utilise exclusivement du logiciel libre.
Au départ, Arthur Vuillard était freelance et c’est après l’arrivée du 3e travailleur que l’entreprise s’est transformée en coopérative. Il en avait marre d’être patron, de décider seul et d’être seul face à la responsabilité de 3 revenus. L’objectif du passage en SCOP était donc surtout de partager les responsabilités.
Qui sont les humain·es qui composent la coopérative ?
En ce moment la coopérative comprend quatre personnes, toutes ingénieures et développeuses, mais ça n’a pas toujours été le cas. Actuellement, nous sommes deux gérant·es (Arthur et moi, Agnès) qui faisons la partie commerciale et la gestion administrative/compta. La partie RH est partagée avec un des salarié·es. Par le passé, Hashbang a compté jusqu’à une dizaine de salarié·es. Il y avait alors des groupes de travail compta et RH. Nous avons eu une gérante qui n’avait pas de profil technique et qui faisait le commerce et la gestion de l’entreprise. Nous sommes actuellement tous·tes associé·es. Selon nos statuts et notre contrat de travail, toute personne recrutée doit candidater au sociétariat dans les deux ans. Dans le cas contraire, elle est considérée comme démissionnaire.
Comment animez-vous la vie de la coopérative ?
Chacun·e travaille pour ses client·es, mais nous nous retrouvons régulièrement entre collègues. Nous habitons tous·tes dans l’agglomération lyonnaise et avions des bureaux jusqu’en 2024. Au bout de trois semaines de télétravail exclusif, on a décidé, pour notre bien-être, d’organiser du télétravail sauvage chez les un·es et les autres. Par la suite, on a repris des places en coworking, poussé·es par la canicule de 2025 et le besoin de climatisation. On a décidé de conserver ces espaces de coworking, notamment pour pouvoir accueillir nos client·es. Nous avons un point quotidien à 9h30 où nous nous retrouvons à trois collègues sur quatre, l’un d’entre nous ne travaillant que l’après-midi. Nous gérons la coopérative de façon collective et recherchons le compromis. Quand on a un problème, on le dit et ce n’est pas du pipeau !
Comment répartissez-vous les revenus ?
Nous avons une grille de salaire basée sur l’expérience et ancienneté, mais on va la revoir, car elle est trop ambitieuse pour nos moyens. Lorsqu’il y a du bénéfice à la fin d’un exercice comptable, celui ci est réparti entre une mise en réserve et une rémunération sous forme de participation. Nous n’avons jamais rémunéré le capital depuis notre passage en scop.
Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ?
Nous avons rencontré de graves problèmes de trésorerie, liés à plein de facteurs, en particulier une importante baisse d’activité post-covid. Cela faisait donc plusieurs années que la trésorerie était légère et en septembre 2024, il nous a fallu choisir entre payer les salaires ou les cotisations. Nous avons donc demandé au tribunal de commerce une procédure de concilation qui nous a permis de négocier un échéancier pour payer nos dettes aux impôts (la TVA) et à l’Urssaf (les cotisations patronales). À ce moment-là nos résultats restaient mauvais mais les efforts mis en place depuis plusieurs mois commençaient à payer. À la clôture de l’exercice 2024-2025 nous avions reconstitué nos fonds propres et à l’heure actuelle, début 2026, nous avons remboursé la dette constituée en septembre 2024.
Ces difficultés ont été très instructives, à la fois pour nous rendre compte que le modèle des entreprises n’est pas fait pour la décroissance (difficile de rembourser à 3 personnes une dette contractée quand on était 10 personnes), mais aussi que c’était bien de vivre cette quasi-liquidation de façon collective et pas avec un patron qui décide à notre place.
A côté de cela, nous travaillons beaucoup seul·es, malgré le fait que nous sommes en coopérative. Ce n’est pas évident au quotidien. Ça contraste avec ce qu’on m’avait promis quand je suis arrivée : je travaille souvent avec mes client·es plus qu’avec mes collègues. Les tâches de gérance et de commerce ne sont pas toujours faciles à équilibrer avec les tâches de développement. J’ai un collègue qui a beaucoup de changement de contextes car plusieurs types de clients : ça non plus, ce n’est pas évident.
Et franchement, l’économie de marché, c’est dur. Le commerce, la concurrence et la gestion des prix sont une grosse difficulté quand nous sommes des artisanes logicielles : être face à des copaines tout aussi valables que nous pour un projet tout en sachant que ce sera la moins chère qui sera sélectionnée est un crève-coeur.
Quelles sont vos plus grandes fiertés ?
Nous avons empêché Hashbang de couler de façon très collective ! Par ailleurs, je suis contente de connaitre mes collègues, fière de ce que je fais sur les projets, contente d’avoir rencontré certains de mes clients chous. Mon collègue Arthur est fier d’avoir lancé la SCIC le bureau !
Y a-t-il une particularité dans votre structure qu’on ne retrouve pas dans d’autres coopératives ?
Nous on fait des gâteaux. Et nos clients aussi ! Par contre, c’est difficile de les intégrer dans nos fichiers de suivi. Plus sérieusement, nous sommes une Scop assez classique et petite. Mais quand même, comme nous avons eu Chloé puis Morgane qui ont géré à temps plein les aspects RH et administratifs de la coopérative, nous avons certains outils très structurés, comme notre document de suivi de la trésorerie et notre document unique d’évaluation des risques professionnels. A priori, c’est rare pour notre taille d’être aussi carré·es.
Un mot de la fin ? Un projet pour le futur ?
Une soupe au pois chiche de Owi owi fouette moi ? J’espère qu’il y aura plein de scop très vite. Maintenant que j’ai essayé le modèle coopératif, je n’ai plus envie d’en tester d’autres.