Témoignage de PathTech
Publié le 18 mars 2026
PathTech se présente comme une agence de conseil et de développement informatique au service de projets à impact. Rencontre avec Gauthier Jenczak, responsable du développement commercial. Il nous présente cette coopérative qui a fêté il y a quelques mois ses cinq ans.
Est-ce que vous pouvez vous présenter ?
PathTech est une SCOP (société coopérative et participative) qui travaille exclusivement pour des projets ayant un impact environnemental et/ou social positif, au travers de trois expertises : la direction technique partagée, le développement et le numérique responsable au sens large (accessibilité, écoconception…). L’entreprise, au départ une SARL classique, s’est transformée en SCOP en janvier 2022. Elle fonctionnait déjà comme une coopérative et a souhaité obtenir un statut juridique qui correspondait à ses valeurs et à ses processus de décision effectifs.
Qui sont les humain·es de PathTech ? Comment vous recrutez et accueillez les personnes recrutées ?
Nous sommes 14 personnes dont 4 cofondateurices : 10 développeur·euses, 3 chef·fes de projet et moi-même qui ai des fonctions transverses.
Sauf exception, nous ne ne recrutons pas par cooptation. Quand nous rédigeons des offres d’emploi nous portons une attention particulière à son inclusivité, sur des questions de genre ou d’expérience. On se creuse à chaque fois bien la tête et on les retravaille plusieurs fois.
Au début, on n’avait rien de prévu concernant l’accueil des nouvelles recrues mais on a peu à peu formalisé une semaine d’accueil avec différents moments sur des aspects techniques, sur la coopération ou encore le fonctionnement de l’entreprise. On désigne également un parrain ou une marraine : c’est moins intimidant de poser des questions directement à une personne désignée que sur le canal général de notre Slack.
Comment vous répartissez vos revenus ?
C’est un large sujet ! Nous avons une grille de salaires qui a évolué au fur et à mesure des années, mais sur ce sujet il est difficile de contenter tout le monde. Pour trouver le meilleur compromis, nous sommes en train de refaire notre grille. Comme nous avons atteint nos limites internes pour structurer la réflexion, nous avons sollicité l’accompagnement de makesense.
Les bénéfices sont répartis à 25 % dans la part travail (au prorata du temps de travail), 75 % dans la trésorerie et donc 0% pour les associé·es.
Comment organisez-vous votre temps de travail ?
Concernant le temps de travail, nous avons mis en place un système de log de temps. C’est un outil de gestion de projet où quand tu prends en charge un ticket, tu indiques le temps effectué. Au départ, cet outil était prévu pour le développement logiciel, mais nous l’avons généralisé. J’ai par exemple des tickets de prospection commerciale.
Cet outil est très utile car ça nous permet de suivre le temps facturé aux client·es. C’est sûr que ça ressemble un peu à une badgeuse. Chacun·e continue à organiser son temps comme iel l’entend et à choisir son temps de travail. Après, si jamais on voit que l’un·e d’entre nous se met à beaucoup travailler la nuit, par exemple, on va l’analyser et vérifier que tout va bien.
Nous avons cinq semaines de congés payés, avec huit jours en plus (pour des questions d’équité avec des personnes au forfait-jour). Nous avons expérimenté le congé menstruel, à hauteur d’un jour par mois. L’expérimentation a été concluante, il a donc été mis en place de façon pérenne.
Chacun·e pose les congés à sa convenance. Il y a bien entendu des discussions en amont, par exemple pour les congés d’été quand on est plusieurs à travailler sur le même projet. C’est plutôt fluide.
Qui est sociétaire et qui a la gérance ?
Les salarié·es peuvent demander à devenir sociétaires au bout d’un an et doivent, conformément au statut des SCOP, le demander au bout de trois ans maximum. C’est formellement assez simple : la personne doit faire une lettre officielle. Nous avons mis en place une réunion d’une heure qui permet d’échanger autour des raisons pour lesquelles elle veut devenir associée, et expliquer ce que ça implique.
Jusqu’à présent, Boris, un des cofondateur·ices est le gérant de Pathtech. C’était le seul qui voulait bien occuper ces fonctions. La mission de gérance est rémunérée mais, sur les conseils de l’URSCOP, nous suspendons le CDI et rémunérons le gérant avec un montant équivalent. Nous avons également voté une prime à la gérance, qui serait l’équivalent d’une prime de risque.
Nous sommes en train de revoir le processus de gérance, et avons prévu des élections où tous·tes les associé·es peuvent se présenter. Un vote à jugement majoritaire permettrait aux personnes ayant un seuil minimum d’être élues gérantes… Mais c’est en cours.
Comment se passe la vie interne de la coopérative ?
Nous travaillons tous·tes en télétravail et avons plusieurs rituels :
- Les stand-up quotidiens où tous·tes les membres de la coopérative se retrouvent pour évoquer leur journée à venir.
- les rétrospectives tous les mois et demi, pour savoir comment chacun·e se sent dans la coopérative
- Des séminaires tous les quatre mois, en présentiel, au cours desquels nous travaillons et partageons des moments conviviaux.
Pour ne pas isoler les personnes, nous essayons d’avoir, pour les projets en régie, deux personnes de Pathtech en binôme plutôt qu’une seule. Par exemple, nous proposons aux client·es deux personnes avec deux jours par semaine sur un produit, plutôt qu’une seule à quatre jours.
Pour les projets au forfait, nous faisons tourner les développeur·euses, mais pas les chef·fes de projet. Nous essayons de répondre aux attentes de chacun·e en matière de polyvalence et de diversité de projets.
Nous nous sommes toujours dit qu’il fallait s’assurer que tout le monde va bien derrière son écran. C’est pourquoi nous avons des chargé·es de vie coopérative, sur la base du volontariat, qui vont voir les personnes, organisent des choses pour maintenir le lien et que les personnes se sentent bien. Jusqu’à présent iels étaient comme des chargé·es de bonheur, mais c’est en train de changer, car ça devenait dense pour les chargé·es de vie coopérative sur certains sujets.
En parallèle, depuis qu’on est 11 s’est posée la question de la mise en place d’un CSE puisque c’est une obligation légale. Ca nous a obligé·es à redéfinir qui fait quoi en termes de ressources humaines, tâches administratives, chargé de bien-être ou d’événementiel… Un groupe de travail a pris chaque rôle existant et l’a divisé en plusieurs tâches qui pouvait convenir à une personne, un binôme ou un groupe. Pour chaque fonction définie, c’est au volontariat. Par exemple depuis 6-7 mois je suis en binôme pour organiser des événements et fédérer l’équipe, c’est une belle manière de créer du lien. De façon générale, le fait de se voir tous les jours permet de sentir quand il y a des manques, en total télétravail c’est plus compliqué. Nous avons essayé de mettre en place des actions pour suivre le moral des troupes.
La mise en place du CSE nécessite plein d’étapes administratives très formalisées. Pour autant, c’est important car même si la coopérative apporte plein de choses positives elle reste une société avec des fonctionnements classiques. C’est bien d’avoir un contre pouvoir.
Est-ce que vous recrutez ?
Non.
Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ?
Comme je l’ai expliqué plus haut, la politique salariale est un sujet qui suscite des tensions.
Quand tu passes le cap de la dizaine de salarié·es, cela impose d’adapter le modèle qui peut bien fonctionner à six personnes. Ce n’est pas facile de trouver le juste milieu entre l’efficacité de l’entreprise et une prise de parole qui laisse la place à tout le monde. On a réussi à trouver un équilibre satisfaisant.
Enfin, je trouve que faire partie d’un tel collectif vient poser la question de comment tu évolues en tant qu’individu dans le groupe. Ca vient te bousculer et il faut réussir à ne pas s’oublier.
Quelles sont vos plus grandes fiertés ?
On a réussi à travailler pour des client·es à impact positif. On est content·es de tou·tes les client·es avec lesquels on travaille.
Nous arrivons a préserver l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Globalement on est bienveillant·es, on fait attention les un·es aux autres. Ce n’est pas parfait, mais c’est très cool on fait attention, personne ne veut tirer la couverture à lui.
Y a-t-il une particularité dans votre structure qu’on ne retrouve pas dans d’autres coopératives ?
J’ai l’impression que le fait de choisir ses client·es, d’être selectif·ves est quelque chose qu’on croise rarement.
Un projet pour le futur ?
Que ça continue à bien marcher ! On expérimente, on teste, on a fait plein de fois des ateliers prospective, on a du mal à converger parfois, mais on a envie de continuner à s’écouter et de se faire porter là où le vent nous mène et là où on a envie d’aller.